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ASSOCIATION DES ANCIENS ELEVES DE L’INSTITUT PASTEUR

Visioconférence du 9 décembre 2021

 

Émergente, opportuniste ou bioterroriste, la mélioïdose reste une menace.

Yves BUISSON
Membre de l'Académie Nationale de Médecine

Résumé :

La mélioïdose est une maladie infectieuse tropicale connue depuis plus d’un siècle. Elle est endémique dans ses foyers originels d’Asie du Sud-Est et du nord de l’Australie. Depuis plusieurs décennies, elle s’étend dans toutes les régions tropicales et subtropicales, notamment en Amérique centrale, en Amérique du sud et dans les îles des Caraïbes. Il existe en outre de nombreux cas d’importation dans les régions non endémiques par les voyageurs et les migrants. On estimait en 2016 le nombre de cas à 165 000, dont 89.000 décès.C’est une maladie émergente.

L’infection naturelle survient chez l’homme exposé professionnellement (riziculteurs) ou accidentellement (tsunami), surtout sur terrain prédisposé (diabète, cancer, alcoolisme). Ce n’est pas une maladie contagieuse, mais c’est une infection opportuniste.

L’agent causal est Burkholderia pseudomallei, une bactérie saprophyte vivant dans les sols humides, extrêmement résistante et virulente, capable d’infecter l’homme et les animaux par inhalation, par inoculation, ou par ingestion. C’est un agent potentiel du bioterrorisme.

La maladie peut évoluer sur un mode suraigu, subaigu ou chronique, ou se révéler après plusieurs années de latence. L’infection aiguë est bactériémique dans plus de 50 % des cas, souvent compliquée de choc et mortelle dans 20 à 50 % des cas ; elle peut aussi se révéler par des abcès pulmonaires ou touchant d’autres organes.

Le diagnostic est difficile sans l’aide du laboratoire, la maladie (grand simulatrice) pouvant évoquer différentes affections, en particulier la tuberculose ; les tests de diagnostic rapide sont utiles pour éviter tout retard dans une prise en charge adaptée. Le traitement standard recommandé comporte une phase d’attaque par ceftazidime intraveineuse pendant 10 à 14 jours, suivie d’une phase d’éradication par cotrimoxazole per os pendant 3 à 6 mois ; la guérison est lente et les rechutes fréquentes.

Bibliographie :

1 - Wiersinga WJ, Currie BJ, Peacock SJ. Melioidosis. N Engl J Med. 2012;367:1035–44.
2 - Limmathurotsakul D, Golding N, Dance D, Messina J, Pigott D, Moyes C, et al. Predicted global distribution of Burkholderia pseudomallei and burden of melioidosis. Nat Microbiol. 2016;1:15008.
3 - Buisson Y, Keoluangkhot V, Strobel M. Mélioïdose. EMC Maladies infectieuses 2018 [8-036-C-10] - Doi : 10.1016/S1166-8598(18)67715-4

 

L'enregistrement de la visioconférence sera disponible sur la chaine Institut Pasteur EDUCATION YouTube